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La Biographie de Jean Alessandrini

Après trois années d'apprentissage au Collège d'Art Graphique de Paris, Jean Alessandrini devient maquettiste et illustrateur de presse. Il réalise des couvertures pour les éditions Gallimard et collabore à la revue Pilote.

C'est en 1986 qu'il se lance dans la rédaction de récits pour la jeunesse, avec des albums qu'il illustre lui-même : 'Le père Cafetière', 'Le canarama', 'L'équipe des chiffres', 'L'ABC de la lettre'. Utilisant ses connaissances typographiques, il met en scène avec fantaisie des mots-images qui correspondent si bien à l'univers enfantin. Il écrit aussi des romans policiers pour les jeunes adolescents, comme 'Le détective de minuit' ou 'Mystère et hamburger' aux éditions Rageot.

Les jeux visuels et typographiques

En quelque dix ans passés en France, Albert Hollenstein comprit qu'il fallait relancer la création typographique. Le Haas Helvetica qu'il composait lui-même ne suffisait pas aux besoins des salles de rédaction des magazines de mode ou d'éditions pour la jeunesse.

Hollenstein mit au point un programme de création et de diffusion de caractères fantaisie qui allait révolutionner le paysage de nos rues et des salles d'attente d'officines médicales, qui élalaient déjà d'innombrables tabloïds en quadrichromie rutilante. Il fallait sagesse et patience aux créateurs de typos pour à la fois dessiner manuellement et inventer des formes nouvelles en ignorant tout du devenir possible de leurs créations.

C'est dans la mouvance de ce programme, que Jean Alessandrini publia ses propres alphabets de titrage. L'Hypnos et le Mirago passent ainsi des planches à dessin du jeune AIessandrini aux chambres noires du studio phototypo de Hollenstein et deviennent des musts pour les DA de l'époque.

Dans ce monde, les outils comme l'équerre, le tire-ligne, le compas, le perroquet et des matériaux comme la gouache étaient les seuls moyens d'expression Jean, s'y voit en véritable "électron libre" et va louer ses nouvelles créations à la technologie montante du phototitrage. En dehors de toute considération stratégique, il livre en indépendant des alphabets dessinés selon sa curiosité et ses idées. La présence réciproquement valorisante, de ces caractères dans les catalogues de Hollenstein ne leur garantissait pas pour autant une diffusion intense.

Alessandrini négligea les créations de caractères de labeur alors qu'il avait absolument tout dans ses mains et dans sa tête pour dessiner des nouveautés typographiques. Sa jeunesse, ses années d'études à Corvisart, puis son apprentissage chez le trés sérieux Raymond Gid lui ont donné un esprit de rigueur et d'architecture typographique conforme aux nécessités artistiques et techniques d'une création de labeur.

D'autres typographes ont eu le flair plus aiguisé sur ce coup et ont gagné des sommes confortables grâce à une diffusion plus large et plus courante des caractères dits de labeur. Lorsque Jean me dit qu'il aurail aimé gagner sa vie honorablement il est certain qu'il reconnaît avoir commis quelques erreurs dans le choix de sa production personnelle. Les "lettres" après la lettre, on comprend mieux ses frustrations en lisant l'autobiographie qu'il publie 1992 sous l'enseigne du Griffon deux ans avant d'être distingué par "un prix Goncourt pour la jeunesse."

Typographe, Illustrateur et Littéraire

Pour se prêsenter dans la revue littéraire, il gomme tout de sa vie de typographe. Il y détaille bien entendu son parcours d'illustrateur pour Daniel  Filipacchi, Bayard (Okapi...), Gallimard-Folio, où Massin lui commandera plusieurs couvertures.

Mais surtout on y découvre l'autre face, le docteur Hyde de Jean Alessandrini : l'écrivain. Rédacteur chez Pilote puis Écrivain-illustrateur d'une saga de huit "J'aime lire en dix ans", Jean à aiguisé une autre plume, celle du conteur, oubliant petit à petit des années typo. Pas tout à fait pourtant, puisqu'il va mettre à profit ses capacités de faiseur de livres au service de la lettre.

Dans les années 1980, il commença une collaboration avec François Richaudeau, l'éditeur de Retz et le co-fondateur des Rencontres internationales de Lure. Il édita avec lui l'ABC de la lettre en 1987, Mot (quand le mot devient image), en 1986, mais surtout et, pour notre plus grand plaisir, un numéro spécial de Communication et langages au troisieme trimestre de 1979 qui révolutionna le petit monde de la typographie.

Il renverse toutes les classifications typo édifiées laborieusement par Maximillien Vox en lieu et place desquelles il propose sa propre nomenclature, le Codex 1980. Il enlève et ajoute des catégories, reclassé tel un entomologiste des formes typo anciennes et cela donne des "simplices" pour les linéales, des "emparectes" pour les égyptiennes, des "filextres" pour les didots-didones, mais aussi des "claviennes" pour les elzévirs (humanes, garaldes, réales), etc.

Se passionnant désormais autant pour la grammaire et la syntaxe que pour le dessin, Alessandrini à suivi une carrière chaotique balançant entre l'expression visuelle et l'expression éditoriale. Avisé, cultivé, vindicatif, jusqu'a refuser les voies de la réussite dans un métier qu'il connaît si bien. Son choix de ne pas migrer son savoir-faire typo dans le monde du vectoriel comme celui du Capitaine Nox (un des ses héros), lui appartient et c'est avec une immense joie mêlée de tristesse que je vous laisse découvrir cette oeuvre interrompue par les nécessités de l'écriture.

D'après : www.lebookagreg.com