rocbo menu
L'avis d'une IA-IPR de lettres
sur l'orthographe française

Page issue d'un diaporama d'une inspectrice académique,
à l'attention des enseignants de lettres de l'académie de Bordeaux,
reproduit en fichier PDF. Fichier PDF d'origine Le-point-sur-l-orthographe

01




Isabelle Pécheyran, IA-IPR Lettres


Le point sur… l’orthographe


L’orthographe française
est-elle difficile ?
02

Des Correspondances
phonème/graphème
multiples et complexes

/k/
climat
a
ccord
kilo
ti
cket
quand
chronique

03


Beaucoup de lettres muettes



- Théâtre
-
Hôpital
- Bor
d
- Peti
t
- Marchan
d

04


Des marques morphologiques
sans correspondance phonologique



- Les poules rousses picorent
- Notre amie est fâchée

Mais
- Mon amie est petite
- Mon ami est peti/t/
05

L’orthographe idéale ?

On imagine parfois qu’elle serait aussi proche
que possible d’une orthographe phonétique


- Le peti marchan dèbor de la Garone
- Le petit marchand des bords de la Garonne

Mais les marques muettes nous renseignent autrement :
- Petit Petite
- Marchand Marchande Marchander - - - - - merchandising
- Bord bordure border

Malheureusement pas toujours !
- AbriTer devrait venir de AbriT … mais non : abri

06

Alors ?


- L’orthographe du français appartient, pour la correspondance graphème/phonème et l’orthographe lexicale au groupe des langues
les plus opaques (avec l’anglais) très très loin de la phonographie transparente (bi-univoque) de l’italien ou du finnois (tiens tiens !)

- L’orthographe du français est sans doute la plus difficile ou l’une
des plus difficiles au monde s’agissant de sa part grammaticale (morphologie flexionnelle et dérivationnelle)

- Pire encore ! L’orthographe du français contient un certain nombre
de «déviances» non fonctionnelles «dont la seule raison d’être
est historique ou étymologique et donc culturelle»

07

Donc ?

- L’orthographe du français est difficile
- Elle l’a toujours été.
   (du moins depuis qu’elle est fixée)
- Elle a toujours fait souffrir les scripteurs
   (du moins depuis l’invention de l’école…)
- Mais …. On ne peut pas dire que ça s’arrange

08

Le point sur… l’orthographe


Les français sont-ils
de plus en plus mauvais
en orthographe ?

09

Une évolution, quelle évolution ?


Ferdinand Brunot, en 1905 écrivait déjà :

- «Qu’un enfant prétende être mécanicien ou devenir maître de cabotage, pénétrer au Bon Marché ou au Louvre, l’odieuse dictée le guette au seuil de la maison, et sa carrière dépend, partiellement au moins, de la manière dont il écrit la finale de il coud» ou de l’accent qu’il met sur événement. »

- «Bonaparte n’entrerait pas à Saint Maixent et Madame de Sévigné serait refusée au Certificat d’études»

- Pour autant, la réforme de l’orthographe de Ferdinand Buisson n’avait pas été acceptée…

10

Un déclin, quel déclin ?


- «L’idée selon laquelle il existerait un déclin orthographique, les hommes d’aujourd’hui étant des usagers plus médiocres de l’orthographe, me semble très exagérée» affirme Jean-Pierre Jaffré

Mais dans le même temps :

- «L’écart entre les résultats des élèves de 1987 et ceux de 2005 est en moyenne de deux niveaux scolaires : les élèves de cinquième de 2005 font le même nombre de fautes que les élèves de CM2 il y a vingt ans, les élèves de troisième de 2005, le même nombre d’erreurs que les élèves de cinquième de 1987 etc.»

D Manesse et D Cogis Orthographe, à qui la faute ?

11

L’enquête : brève synthèse
d’un ouvrage qui fit du bruit


Danièle Manesse, Danièle Cogis
Orthographe à qui la faute ?
ESF éditeur

2767 dictées 2767 élèves du CM2 à la troisième
Comparaison avec l’enquête de 1987, elle–même comparée aux résultats de 1873
12

Le texte de la dictée

Les arbres s’enfoncent dans la terre par leurs racines comme leurs branches s’élèvent vers le ciel. Leurs racines les défendent contre les vents et vont chercher, comme par de petits tuyaux souterrains, tous les sucs destinés à la nourriture de leur tige. La tige elle-même se revêt d’une dure écorce qui met le bois tendre à ’abri des injures de l’air. Les branches distribuent en divers canaux la sève que les racines avaient réunie dans le tronc.

Fénelon

13

Précautions indispensables

- Les élèves testés en 2005
   sont plus jeunes et ont moins redoublé
- De moins en moins d’élèves sont accueillis
   dans des structures marginales :
   ils se trouvent donc dans la filière générale
- L’exercice de la «dictée de contrôle»
   est peut-être moins représenté encore
   qu’il y a vingt ans ?

14

Quelles erreurs, quel profil ?

- Orthographe lexicale : statu quo
- Orthographe grammaticale :
   en baisse incontestable
- Diminution des taux de formes correctes
- 9 formes nominales sur 10 comportent
   la marque de pluriel attendue
- Beaucoup plus d’erreurs sur les adjectifs
   et les verbes
- Grande incertitude dans la reconnaissance
   du verbe conjugué. (cf dictée)
15

Comprendre pour agir ?

- Les élèves progressent pendant tout
   le collège
- Les élèves connaissent les règles principales
- Ils ont du mal à les généraliser
- Leur connaissance des classes de mots
   est fragile.
16


En d’autres termes

Ils savent qu’il faut accorder le verbe et son sujet mais ils ont du mal à reconnaître et l’un et l’autre dès que la situation se complique…

- *Il les voient
- *Les branches distribues
17

Que faudrait-il faire ?

De quelques solutions dangereuses:

- Abandonner le terrain…
- Accepter une orthographe à deux vitesses…
- Revenir en arrière…
- Réformer l’orthographe…
   (où l’on voit se lever une forêt de boucliers !)
18

Que faudrait-il faire ?

De quelques propositions raisonnables

- Admettre la «nécessité orthographique»
   dans toutes les disciplines
- Admettre le principe de la polygraphie,
   l’utiliser, l’interroger
- Accepter la durée de l’apprentissage
   et son caractère non linéaire
- Réformer l’orthographe …
   courageusement et malgré tout !
   Et au moins accepter les réformes
   déjà en vigueur
19

Au quotidien des classes
une liste non exhaustive…

- Ne pas opposer mémorisation, entraînement
  et approche réflexive…
- Intégrer les compétences orthographiques
  et leur progression dans toutes les disciplines
- Evaluer ces compétences dans toutes les disciplines
- Proposer des contrats de progression
  aux élèves qui en ont besoin
- Ne pas réduire l’orthographe au «toilettage»
- Ne pas oublier que dans orthographe, il y a «graphe»
- Considérer qu’une bonne orthographe
  est toujours, plus ou moins une bonne relecture
  avec un logiciel embarqué…

20

Conclusion très brève

- Je souhaite que ces quelques éléments
   aient pu éclairer pour tous le champ
   complexe de notre orthographe
   et de son enseignement.
- Beaucoup de propositions ont été faites
   par les experts (et en particulier par D. Cogis)
- Beaucoup de propositions sont encore
   à construire et en particulier dans le domaine
   concret de l’interdisciplinarité.
- Ce qui nous laisse bien du travail
   à accomplir…

Articles connexes
- La guerre du stylo et du clavier
- L'orthographe, un jardin à élaguer
- Faut-il simplifier l’orthographe ?

LOGO SPIP Réalisé sous Spip Hébergé par L'Autre.Net LOGO L'Autre.Net
Déclaré à la CNIL sous le n°1153442