rocbo menu
La cédille

La cédille (de l'espagnol cedilla, « petit z ») est un diacritique de l'alphabet latin. Elle ne se place en français que sous la lettre c, autant sous une minuscule que sous une majuscule : ç, Ç. Elle est utilisée par plusieurs autres langues sous différentes lettres.

Historiquement, la cédille espagnole (et, par extension géographique, portugaise et catalane puis française), ne se plaçait que sous un c provenant, entre autres possibilités, d'un c latin palatalisé. Elle formait alors la lettre ç (« c cédille »), prononcée à l'origine /ts/ puis /s/ (et parfois /z/ entre voyelles).

La graphie actuelle de la cédille est issue de l'écriture gothique ou wisigothique médiévale (?). L'utilisation de ce signe est due aux limitations de l'alphabet latin. Le nom provient de l'espagnol et apparaît au XVIIe siècle, il signifie petit z (le c remplaçant le z devant un e). Sous le c, la cédille manuscrite se développera sous trois formes successives : z diacritique, puis z cédillé (souscrit et parfois suscrit), et enfin c cédille. Quant au e caudata, son évolution n'aurait rien à voir avec la cédille.

Devant les voyelles qui auraient amené à une prononciation erronée, on notait le phonème de différentes manières afin qu'il correspondent à la « nouvelle » prononciation : soit simplement c, ce ou cz (e et z servent de lettres diacritiques). Le z de czo (voir à ce sujet la Cantilène de sainte Eulalie) serait donc bien un z diacritique, qui, une fois cédillé, deviendra la cédille.

L'écriture wisigothique aurait en effet abrégé cette graphie vers le XIe siècle, en Espagne. En suscrivant d'abord le c au z puis, dans un mouvement inverse, en rendant au c sa pleine taille tandis que le z se réduit à un signe souscrit. Ainsi, le mot espagnol lancza /lantsa/, « lance », en est-il venu à s'écrire lança. L'utilité d'un tel signe ainsi qu'une première volonté de systématisation de la notation de /ts/ a permis l'extension éventuelle (selon les copistes) de la cédille devant les voyelles i et e (çinco, « cinq »). Ce procédé est ensuite considéré comme une forme d'hypercorrection étant donné que la lettre c seule suffit (cinq et çinq se prononcent de la même façon).

E cédillé paléographique (e caudata)

On trouve une sorte de cédille sous le e dans les manuscrits médiévaux, usage attesté dès le VIe siècle en onciale. La lettre obtenue est dite e caudata (« e doté d'une queue »). Elle remplace plus ou moins fréquemment le digramme latin ae (écrit souvent æ par ligature, coutume qui s'est étendue par la suite). L'usage s'est poursuivi, dans les manuscrits, jusqu'au XVIIIe siècle mais n'a pas survécu à l'imprimerie.

Il est notable que cette lettre, qu'on peut représenter ici par e avec un ogonek (voir les diacritiques latins) ou e avec une cédille, ait été conservée dans la transcription des romanistes alors que c'est le digramme ae (æ sous la forme liée) qui l'a été dans la transcription des langues germaniques.

La cédille aux débuts de l'imprimerie

La cédille en français sous forme de c cédille est défendue pour la première fois en 1529 par l'imprimeur français Geoffroy Tory dans l'introduction de son livre Champ fleury publié en 1529 dont le sous-titre dit bien ses intentions : l'art et la science de la due et vraie proportion de la lettre. Il s'agit d'ailleurs du premier traité typographique en français :

« C devant O, en pronunciation et langage francois, aucunesfois est solide, comme en disant coquin, coquard, coq, coquillard; aucunesfois est exile, comme en disant garcon, macon, francois, et aultres semblables. »

La cédille fait partie des innovations de Geoffroy Tory (avec la virgule et l'apostrophe), dont le but était sans doute de faciliter la commercialisation des premiers ouvrages imprimés en français et non en latin. Tory généralise le c cédille dans son édition de L'Adolescence Clémentine de Clément Marot (1533). À partir de cette date, la cédille est reprise par tous les imprimeurs. Avant lui, les tenants d'une orthographe étymologisante écrivent francoys.

En espagnol, son usage est abandonné au XVIIIe siècle (ç étant remplacé par z ou c simple devant e et i) contrairement aux autres langues (catalan, français, portugais) qui la conservèrent.

Le t cédille en français

En 1766, l'abbé de Petity, prédicateur de la reine, avait proposé l'utilisation de la cédille sous le t pour différencier les cas où il se lit /t/ de ceux où on le prononce /s/ :

« On pourroit encore tirer un autre service de la cédille en faveur des Enfans & des Étrangers, qui sont souvent embarrassés sur la manière dont ils doivent prononcer le t dans certains mots ; ce seroit, d’appliquer ce signe à cette lettre, quand elle a la valeur du s ; comme dans les mots minutie, portion, faction, quotien, etc. par cet expédient, sa prononciation seroit réglée ; & l’on ne confondroit plus les cas, où elle a sa valeur naturelle ; comme dans les mots, partie, question, digestion, chrétien. Quand il en coûte si peu, pour rémédier à des imperfections ; c’est vouloir gratuitement les éterniser, que de les laisser subsister. »

Ambroise Firmin-Didot, dans ses Observations sur l'orthographe, ou ortografie, française (1868) avait proposé à l'Académie française un même projet de réforme visant à introduire un t cédille dans les mots où t se lit /s/ devant i, ce qui aurait fait disparaître un grand nombre d'irrégularités dans les graphies (nous adoptions ~ les adoptions, pestilence ~ pestilentiel, il différencie ~ il balbutie}.

Dans le même esprit que celui de Firmin-Didot, la généralisation des c et t cédille fut défendue par un grammairien des Lumières comme Nicolas Beauzée.

D'après l'article « Cédille » de wikipedia

Articles connexes
- diacritiques latins

LOGO SPIP Réalisé sous Spip Hébergé par L'Autre.Net LOGO L'Autre.Net
Déclaré à la CNIL sous le n°1153442