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INTERNATIONALE SITUATIONNISTE 12



INTERNATIONALE SITUATIONNISTE 12



On reproche à ce livre de « céder au goût du jour » - c’est-à-dire, en fait, à notre propre style, car il a adopté le même genre de présentation que les anciens numéros d’I.S. - parce qu’y sont inclus des photos et des comics (et on reproche du coup aux situationnistes de mépriser « la grande masse infantile des ouvriers », en visant à les divertir, tout comme la presse et le cinéma capitalistes). On fait remarquer sévèrement que « c’est surtout l’action des enragés et des situationnistes qui est décrite » ; mais pour ajouter tout de suite : « comme d’ailleurs l’annonce le titre ». Viénet s’est en effet proposé d’établir tout de suite un rapport sur nos activités dans cette période, accompagné de nos analyses et de quelques documents, en estimant que le tout constitue une documentation précieuse pour comprendre mai, et principalement pour ceux qui auront à agir dans les futures crises du même type (et c’est dans le même but que nous avons repris cette question dans ce numéro). Que cette expérience paraisse à certains utilisable, et à d’autres négligeable, c’est affaire de ce qu’ils pensent et de ce qu’ils sont effectivement. Mais ce qui est sûr, c’est que cette documentation précise aurait été cachée (ou connue fragmentairement et faussement) pour beaucoup de gens, sans ce livre. Le titre dit bien de quoi il s’agit.

Sans aller jusqu’à insinuer qu’il y aurait le moindre détail faux dans ce rapport, notre censeur estime que Viénet a donné une trop grande place à notre action, imaginée « prépondérante ». Il écrit que « ramenée à ses justes proportions, la place occupée par les situationnistes a été sûrement inférieure à celle de nombreux autres groupes et groupuscules, en tout cas pas supérieure ». On ne sait vraiment pas d’où vient la « sûreté » de sa balance, comme s’il s’agissait de peser, en plus ou moins lourd, un même poids de pavés

que chaque groupe aurait porté au même édifice, et dans la même direction. Les C.R.S., et même les maoïstes, ont certainement eu dans la crise une « place » plus étendue que nous, un plus grand poids. La question est de savoir dans quel sens les uns et les autres ont pesé. S’il s’agit seulement du courant révolutionnaire, un grand nombre d’ouvriers inorganisés ont évidemment eu un poids si déterminant qu’aucun groupe ne peut même être cité en regard ; mais cette tendance n’est pas devenue consciemment maîtresse de sa propre action. S’il s’agit seulement - puisque notre critique paraît plus intéressé par une sorte de course entre les « groupes » ; et peut-être pense-t-il au sien ? - des groupes qui étaient sur des positions clairement révolutionnaires, on sait très bien qu’ils n’étaient pas si « nombreux » ! Et il faudrait alors dire de quels groupes il s’agissait, et ce qu’ils ont fait ; au lieu de laisser tout cela dans un vague mystérieux, pour décider seulement que l’action précise de l’I.S. a été, par rapport à ces groupes restés inconnus, « sûrement inférieure », et puis - ce qui est un peu différent - « pas supérieure ».

En fait, la revue R.I. reproche aux situationnistes d’avoir dit, depuis quelques années, qu’un nouveau départ du mouvement révolutionnaire prolétarien était à attendre d’une critique moderne des nouvelles conditions d’oppression, et des nouvelles contradictions que celles-ci mettaient au jour. Pour R.I., fondamentalement, il n’y a rien de nouveau dans le capitalisme, et donc dans sa critique ; le mouvement des occupations n’a présenté aucun caractère nouveau ; les concepts de « spectacle » ou de « survie », la critique de la marchandise atteignant un stade de production abondante, etc., ne sont que des mots creux. On voit que ces trois séries de postulats se tiennent inséparablement.

Connaissances du Larousse

CONNAISSANCES DU LAROUSSE

On sait que le Larousse, voici quelques années, se ridiculisa en donnant Karkunfelstein comme nom véritable du politicien qui se serait fait connaître sous le pseudonyme de Léon Blum : c'était une grossière plaisanterie antisémite des années 30, dont personne n'avait jamais été dupe, à l'exception tardive de ce malheureux dictionnaire. Quand il lui prend fantaisie, en 1969, de définir les situationnistes, on voit que sa rigueur intellectuelle reste à la hauteur de la réputation qu'il a méritée.

Si les situationnistes étaient seulement des obsédés de l’innovation intellectuelle, Révolution Internationale, qui sait tout sur la révolution prolétarienne depuis 1920 ou 1930, ne leur attacherait aucune importance. Ce qui choque notre critique, c’est que nous montrions en même temps que cette nouveauté du capitalisme, et corollairement les nouveautés de sa négation, retrouvent aussi l’ancienne vérité de la révolution prolétarienne autrefois vaincue. Ici R.I. est très mécontente, parce qu’elle veut posséder cette vieille vérité sans aucun mélange de nouveauté ; que la nouveauté surgisse dans la realité aussi bien que dans la théorie de l’I.S. ou d’autres, peu importe. Alors commence le truquage. On extrait un certain nombre de phrases des pages 13 et 14 du livre de Viénet, rappelant ces banalités de base de la révolution inaccomplie, et on les truffe de notes de professeur, en marge, comme à l’encre rouge : « C’est heureux vraiment que l’I.S. constate “aisément” ce que tous les ouvriers

et tous les révolutionnaires savaient » ; « en voilà une découverte ! » ; « évidence », etc. Mais les extraits en question de ces deux pages de Viénet sont choisis habilement - si l’on ose dire. On cite par exemple littéralement ceci : « l’I.S. savait bien (…) que l’émancipation des travailleurs se heurtait partout et toujours aux organisations bureaucratiques ». Quels sont les quelques mots précisément supprimés par cette opportune parenthèse ? Voici la phrase exacte : « L’I.S. savait bien, comme tant d’ouvriers privés de la parole, que l’émancipation des travailleurs se heurtait partout et toujours aux organisations bureaucratiques ». L’évidence du procédé de R.I. est tout aussi grande que l’évidence ancienne de la lutte des classes, dont ce groupe semble bien se rêver exclusif propriétaire ; et que Viénet rappelait ici explicitement à l’adresse de « tant de commentateurs », ayant la parole dans les livres et les journaux, et qui « se sont accordés pour dire que c’était imprévisible ».

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