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On reproche à ce livre de « céder au goût du jour » - c’est-à-dire, en fait, à notre propre style, car il a adopté le même genre de présentation que les anciens numéros d’I.S. - parce qu’y sont inclus des photos et des comics (et on reproche du coup aux situationnistes de mépriser « la grande masse infantile des ouvriers », en visant à les divertir, tout comme la presse et le cinéma capitalistes). On fait remarquer sévèrement que « c’est surtout l’action des enragés et des situationnistes qui est décrite » ; mais pour ajouter tout de suite : « comme d’ailleurs l’annonce le titre ». Viénet s’est en effet proposé d’établir tout de suite un rapport sur nos activités dans cette période, accompagné de nos analyses et de quelques documents, en estimant que le tout constitue une documentation précieuse pour comprendre mai, et principalement pour ceux qui auront à agir dans les futures crises du même type (et c’est dans le même but que nous avons repris cette question dans ce numéro). Que cette expérience paraisse à certains utilisable, et à d’autres négligeable, c’est affaire de ce qu’ils pensent et de ce qu’ils sont effectivement. Mais ce qui est sûr, c’est que cette documentation précise aurait été cachée (ou connue fragmentairement et faussement) pour beaucoup de gens, sans ce livre. Le titre dit bien de quoi il s’agit.
Sans aller jusqu’à insinuer qu’il y aurait le moindre détail faux dans ce rapport, notre censeur estime que Viénet a donné une trop grande place à notre action, imaginée « prépondérante ». Il écrit que « ramenée à ses justes proportions, la place occupée par les situationnistes a été sûrement inférieure à celle de nombreux autres groupes et groupuscules, en tout cas pas supérieure ». On ne sait vraiment pas d’où vient la « sûreté » de sa balance, comme s’il s’agissait de peser, en plus ou moins lourd, un même poids de pavés
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que chaque groupe aurait porté au même édifice, et dans la même direction. Les C.R.S., et même les maoïstes, ont certainement eu dans la crise une « place » plus étendue que nous, un plus grand poids. La question est de savoir dans quel sens les uns et les autres ont pesé. S’il s’agit seulement du courant révolutionnaire, un grand nombre d’ouvriers inorganisés ont évidemment eu un poids si déterminant qu’aucun groupe ne peut même être cité en regard ; mais cette tendance n’est pas devenue consciemment maîtresse de sa propre action. S’il s’agit seulement - puisque notre critique paraît plus intéressé par une sorte de course entre les « groupes » ; et peut-être pense-t-il au sien ? - des groupes qui étaient sur des positions clairement révolutionnaires, on sait très bien qu’ils n’étaient pas si « nombreux » ! Et il faudrait alors dire de quels groupes il s’agissait, et ce qu’ils ont fait ; au lieu de laisser tout cela dans un vague mystérieux, pour décider seulement que l’action précise de l’I.S. a été, par rapport à ces groupes restés inconnus, « sûrement inférieure », et puis - ce qui est un peu différent - « pas supérieure ».
En fait, la revue R.I. reproche aux situationnistes d’avoir dit, depuis quelques années, qu’un nouveau départ du mouvement révolutionnaire prolétarien était à attendre d’une critique moderne des nouvelles conditions d’oppression, et des nouvelles contradictions que celles-ci mettaient au jour. Pour R.I., fondamentalement, il n’y a rien de nouveau dans le capitalisme, et donc dans sa critique ; le mouvement des occupations n’a présenté aucun caractère nouveau ; les concepts de « spectacle » ou de « survie », la critique de la marchandise atteignant un stade de production abondante, etc., ne sont que des mots creux. On voit que ces trois séries de postulats se tiennent inséparablement.
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