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INTERNATIONALE SITUATIONNISTE 12



INTERNATIONALE SITUATIONNISTE 12



Internationale situationniste : ce mouvement est parti en France de l’Université de Strasbourg pendant l’année 1966-1967. Son influence, diffuse, non organisationnelle, est assez difficile à apprécier, mais paraît dans l’ensemble faible à la Sorbonne où les situationnistes ont pourtant contrôlé le premier comité d’occupation - du 14 au 17 mai - après en avoir seuls assumé la direction du 13 mai au 14 mai au soir.

Jean Maitron,
La Sorbonne par elle-même (Éditions Ouvrières, 4e trimestre 1968).

Sage, cette jeunesse strasbourgeoise qui semble simplement rejeter un monde où l’on débite de la culture comme des chapelets de saucisses ? Que non pas ! Plus folle même que la plus rageuse des jeunesses nanterroises. C’est qu’elle a goûté, bien avant qui que ce soit en France, à une étrange médecine expérimentée un peu partout, en Scandinavie, en Allemagne, au Japon. Cela s’appelle le « situationnisme », c’est du socialisme mâtiné de marxisme et d’anarchisme, et cela émane d’un évanescent groupe international de théoriciens qui se livreraient à la critique radicale de la société actuelle.

Christian Charrière,
Le printemps des Enragés (Arthème Fayard, 4e trimestre 1968).

Et lorsque les étudiants français, qui se sont mobilisés les derniers, rejoignent dans l’utopie leurs camarades italiens, allemands, hollandais, suédois, espagnols et belges, ils rédigent ensemble, à la fin de mai 1968, une « Adresse à tous les travailleurs » qui méritera de passer à l’Histoire par la hiérarchie qu’elle indique dans la détestation : « Ce que nous avons fait hante l’Europe et va bientôt menacer toutes les classes dominantes, des bureaucrates de Moscou et de Pékin aux milliardaires de Washington et de Tokyo. » Que l’aversion des jeunes mêle Pékin et Tokyo, et fasse passer les bureaucrates avant les milliardaires, ne rassurera sans doute pas Mitsubishi, mais doit rendre Mao Tsé-toung songeur.

Servan-Schreiber,
L’Express (30-12-68).

Après plusieurs mois d’éclipse et de silence, probablement consacrés à l’élaboration de ses travaux, vient d’intervenir dans ce débat le groupe de l’« Internationale situationniste », en publiant un livre chez Gallimard : Enragés et situationnistes dans le mouvement des occupations. On était en droit d’attendre, de la part d’un groupe qui a effectivement pris une part active dans les combats, une contribution approfondie à l’analyse de la signification de Mai, et cela d’autant plus que le temps de recul de plusieurs mois offrait des possibilités meilleures. On était en droit d’émettre des exigences et on doit constater que le livre ne répond pas à ses promesses. Mis à part le vocabulaire qui leur est propre : « Spectacle, Société de consommation, critique de la vie quotidienne, etc. », on peut déplorer que, pour leur livre, les cituationnistes aient allègrement cédé au goût du jour, se complaisant à le farcir de photos, d’images et de bandes de comics (...) La classe ouvrière n’a pas besoin d’être divertie. Elle a surtout besoin de comprendre et de penser. Les comics, les mots d’esprit et les jeux de mots leur sont d’un piètre usage. On adopte d’une part pour soi un langage philosophique, une terminologie particulièrement recherchée, obscure et ésotérique, réservée aux « penseurs intellectuels », d’autre part, pour la grande masse infantile des ouvriers, quelques images accompagnées de phrases simples, cela suffit amplement.

Révolution Internationale n° 2 (février 1969).

L’utilisation des carences de l’éducation sexuelle des nouveaux résidents explique le développement de ce qu’on nomme ici « l’anarchisme » et le « situationnisme ». Il ne s’agit nullement de philosophie de l’État et de l’individu, mais tout simplement de la justification, par le recours abusif au vocabulaire idéologique, de mœurs dont la ligne directrice est le refus de toute contrainte - y compris la sienne propre - et la répudiation de tout effort, ainsi que le culte de la jouissance oisive...

P. Deguignet,
La Nation (28-2-69).

Il faut ajouter que le style même de Vaneigem a été celui des slogans de mai.

Il semble au reste avoir été à l’origine d’un grand nombre de formules parmi les plus heureuses et les plus poétiques. Sans doute avaient-elles été préalablement répandues par la revue de l’Internationale Situationniste dont il est un des plus éminents rédacteurs. Il faut peut-être rappeler que les situationnistes de Strasbourg avaient émigré à Nanterre au début de l’année scolaire 1967 (...) L’auteur du Traité de Savoir-Vivre nous donne une clé pour la compréhension du rôle et de la place des mécanismes paranoïaques dans notre civilisation.

André Stéphane,
L’Univers contestationnaire (Éd. Payot, 2e trimestre 1969).

*
Le soulagement prématuré

Les faiblesses de l’I.S. - refus de l’organisation et de l’idéologie, la révolution pour la révolution, en somme l’utopie d’échapper au conditionnement de la société de consommation par la pure et simple négation ou l’invocation d’une solidarité anti-bureaucratique et spontanée des prolétaires - ont été vite mises en lumière. Le mouvement est entré en crise : les défections ont commencé (...) c’est le commencement de la fin, inévitable dans tout mouvement qui refuse d’institutionnaliser sa propre théorie (...) Restent les propositions, certaines intentions fort intelligentes, que d’autres sauront dans l’avenir reprendre avec une plus grande conscience des limites de toute action historique, pour opérer avec succès dans une société toujours plus complexe et ambiguë.

Nuova Presenza n° 25-26 (printemps-été 1967).

Quant à l’Internationale situationniste, on ne peut donner sur elle que des informations limitées et approximatives, étant donné que personne n’en a jamais plus entendu parler depuis un an (...) Il était assez prévisible que la brochure du groupe de Strasbourg trouverait des interprétations empreintes de révolutionnarisme verbal, facilement récupérables, au demeurant, au niveau de la consommation, comme le prouve l’usage même qui a été fait de la brochure dans la moitié de l’Europe, et maintenant en Italie avec l’édition de la Maison Feltrinelli (...) Les rapports du groupe de Strasbourg avec l’I.S. n’ont pas duré plus de quatre mois, pour finir par une orageuse rupture.

Idéologie n° 2, de Rome (1967).

Le mode commun de l’exposition situationniste est la dénonciation, une dénonciation globale, qui atteint, indifféremment, tous les domaines, de l’économique au culturel et qui, sans s’embarasser ni de concepts ni d’informations, constate, révèle l’aliénation sans cesse aggravée de l’humanité contemporaine (...) Il va de soi que de semblables énoncés découragent d’avance toute critique. Ils l’écartent, d’entrée de jeu, puisqu’ils tiennent pour évident que toute contestation de ce qu’ils disent émane d’une pensée sottement tributaire du « pouvoir » et du « spectacle » (...) Certes, le situationnisme n’est pas le spectre qui hante la civilisation industrielle, pas plus qu’en 1848 le communisme n’était le spectre qui hantait l’Europe.

François Châtelet,
Le Nouvel Observateur (3-1-68).

Au comble de la notoriété, et de l’insuccès pratique, l’histoire des situationnistes prend le chemin du conflit interne. Mustapha Kebati, un des leaders, fils d’immigrés algériens, essaya d’accaparer tous les mérites de l’action accomplie, et de se déclarer l’unique auteur de la brochure De la misère (...) Les Strasbourgeois ne veulent même plus être appelés situationnistes. Ils ont publié un nouveau manifeste théorique : L’Unique et sa propriété (où l’Unique, c’est la société néo-capitaliste, unique système vraiment cohérent dans la répression de toute tendance à la critique) (...) Les Parisiens, de leur côté, ont été consummés dans la grande fournaise de la révolte de mai, et il ne reste rien d’eux que le nom de Guy Debord.

Memmo Giampaoli,
Giovani, nuova frontiera (Ed. SEI-Turin, mars 1969).

Disons que la vertu majeure qui semble caractériser le Situationnisme c’est l’impatience de jouer un rôle (...) Jouer sur le devant de la scène une farce énorme singularise.

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