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Depuis mai, l'affirmation erronée qui a peut-être été le plus répétée dans les livres et les journaux concerne l'influence qu'aurait eue la « pensée » d'Henri Lefebvre sur les étudiants révolutionnaires, du fait de son livre, effectivement assez lu, La Proclamation de la Commune. Nous nous limiterons à quelques exemples. Anzieu-Epistémon écrit dans Ces idées qui ont ébranlé la France : « L'ouvrage d'Henri Lefebvre. paru il y a trois ans, et qui a sans doute le plus marqué les étudiants de Nanterre, voit dans la Commune de Paris, en 1871, la démonstration de la spontanéité populaire créatrice, etc. » Une note du chapitre VII du livre de Schnapp et Vidal-Naquet avance que « le livre d'Henri Lefebvre, La Proclamation de la Commune, Paris, Gallimard, 1967 (en réalité: 1965) qui définit la révolution comme une fête, exerça une indiscutable influence ». Et dans Le Monde du 8 mars 1969 J.-M. Palmier déclare : « Un des livres qui a le plus marqué les étudiants, c'est l'ouvrage d'Henri Lefebvre sur la Commune de Paris. Il y a montré la toute-puissance de la spontanéité populaire )). A côté de cela, toutes sortes de commentateurs ont cru devoir avancer que les situationnistes doivent « beaucoup » à Lefebvre. On lit aussi bien, dans Le Monde du 26 juin 1968 réloge des esprits originaux qui, dans la revue Utopie, ont commencé la critique révolutionnaire de l'urbanisme, et on cite l'idée de base de leur maître Lefebvre, écrivant dans Métaphilosophie en 1965 : « Ce que l'on nomme couramment "urbanisme" ne serait-il pas autre chose qu'une idéologie?... »
Si Lefebvre, qui est une sorte de géant de la pensée par rapport aux roquets d'Utopie, a mélangé de l'urbanisme à toutes les questions qu'il agite en vrac dans la dizaine de pesants volumes qu'il a produit depuis cinq ou six ans, c'est seulement pour en avoir entendu parler dans Internationale Situationniste : il l'a d'ailleurs écrit lui-même dans Introduction à la modernité, page 336 (Editions de Minuit, 2e trim. 1962) ; et pourtant il n'arrive pas souvent que cet auteur avoue des sources de ce genre. Et, par exemple, la phrase citée plus haut découle modestement de la première phrase d'un article d'I.S. n° 6 (p. 16) en août 1961 : « L'urbanisme n'existe pas : ce n'est qu'une « idéologie », au sens de Marx... ».
Quant aux thèses sur la Commune, qui auraient eu une si vaste influence, peu de commentateurs ignorent qu'elles viennent de l'I.S., mais ils espèrent que leurs lecteurs, eux, ne le savent pas. Longtemps avant la parution de son ouvrage historique, Lefebvre en avait publié les positions fondamentales dans l'ultime numéro de la revue Arguments, au début de 1963. L'I.S. avait alors diffusé le tract Aux poubelles de l'Histoire, qui révélait un plagiat vraiment démesuré.
Notons que ce tract ne fut jamais démenti par personne ; Lefebvre avouant alors en chaire qu'il avait cru pouvoir se servir de notre texte, même dans la revue Arguments, et qu'il regrettait ce « malentendu ». Comme ce document était devenu depuis très longtemps introuvable - mais non pour autant oublié, puisque les Enragés à Nanterre commencèrent à saboter les cours de Morin-Lefebvre avec le cri « aux poubelles de l'histoire ! » -, nous avons pensé qu'il serait bon de le remettre en circulation maintenant. Le voici reproduit en fac-similé. On jugera aisément à sa lecture des truquages faits et refaits à tout instant par les spécialistes en place pour cacher la pensée révolutionnaire qui» en la circonstance, était celle de l'I.S.
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