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Andre Caillot
Andre Caillot

les spécialistes de l'écorché et de l'éclaté

Article de BAT n°9 nov. 1978

"Éclaté", "écorché", derrière la violence des mots se cache une technique faite de retenue, de patience et de minutie. Ces qualités sont un peu passées de mode et cela explique sans doute la désaffection de bon nombre de graphistes pour ce dessin hybride fait de technique et d'illustration, d'exécution fidèle et de création.
C'est dommage ! Car contrairement à beaucoup d'autres, ce secteur d'activité est en expansion et la dizaine de spécialistes qui travaillent sur ce marché n'arrivent pas à répondre à la demande.

À l'origine était le dessin technique, plus communément appelé plan au bleu. Fait par des techniciens pour des techniciens, ce type de plan est le point de départ obligatoire de toute création, qu'elle soit industrielle, mécanique ou architecturale. Nécessaire, le plan au bleu l'est sûrement puisque sans lui aucune communication n'est possible entre le concepteur et le constructeur ; mais suffisant, il ne l'est certes pas. En effet, même s'il est muni de plans d'ensemble, de demi-ensemble et de pièces détaillées, l'exécutant doit, pour réaliser l'assemblage d'une machine, faire une projection intellectuelle dans l'espace pour mettre chaque élément en situation.

La matérialisation de cette projection dans l'espace - la mise en perspective - ne date pas d'hier ; mais curieusement, elle ne fut appliquée rationnellement au dessin technique qu'assez tard, entre les deux guerres. En ce domaine comme dans bien d'autres, ce furent les Anglo-Saxons qui innovèrent, et ce furent eux qui vulgarisèrent le procédé après la Libération.

C'est sans doute cette utilisation tardive qui explique les lacunes de renseignement graphique à ce sujet. En effet, au lendemain de la guerre on étudiait seulement la perspective architecturale (conique), tandis que la perspective axonométrique appliquée à la mécanique (perspective conventionnelle où les fuyantes sont parallèles géométriquement) commence seulement à être étudiée sous la pression d'une demande de plus en plus forte. Nous n'allons pas donner ici de cours de perspective, ces quelques pages n'y suffiraient pas ! Mais il est nécessaire de souligner que de sa parfaite maîtrise dépend la pratique de l'écorché ou de l'éclaté. Tous les spécialistes sont d'accord sur ce point, qu'ils utilisent ou non les grilles normalisées qui ont été mises au point à cet effet.

entre la marge
et sa limite

La projection dans l'espace, la mise en perspective, constitue donc la première opération d'un dessin éclaté ou écorché. Il reste à définir ce que recouvrent ces deux termes. Un éclaté est une représentation dans l'espace de toutes les pièces qui constituent un appareil, ordonnées en fonction de l'ordre logique de leur assemblage, selon des lignes de fuite déterminées par une perspective. Opération qu'expriment sans doute mieux deux autres termes moins usités : "démontabilité" et "arraché". Le dessin écorché quant à lui (terme repris aux beaux-arts et qui désignait le dessin d'un corps auquel on avait retiré la peau) ne sépare pas les divers éléments d'un mécanisme, il les offre seulement à la vue au moyen d'une découpe dans le corps de l'appareil ou par transparence. Le terme "crevé", qui exprime la même opération, est plutôt réservé à l'architecture.

De par leur origine, ces deux types de travaux sont directement liés au dessin technique. Comme ce dernier, ils se doivent de respecter les normes et les cotations définies par le constructeur. En théorie donc, le dessinateur d'éclaté ou d'écorché est aussi peu libre qu'un dessinateur industriel.

Gerard Lambelin
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