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La réalité est un peu différente car les deux types de dessin ne poursuivent pas le même but. Ils sont différents et complémentaires. En aucun cas un éclaté ne peut remplacer un plan technique auprès d'un constructeur. Le simple fait de mettre un mécanisme en perspective ôte au dessin sa fiabilité technique. Le principal avantage d'un éclaté ou d'un écorché est de permettre une lecture aisée et rapide du plan au bleu en minimisant les sources d'erreur. C'est donc une technique de vulgarisation destinée au revendeur ou à l'utilisateur averti.

Gerard Lambelin

L'écorché pour sa part, même s'il répond au même souci, de clarté, a une vocation de vulgarisation plus affirmée. Trop compact pour permettre au technicien une interprétation fiable, il offre en revanche au grand public qui se flatte de technique l'image de ce qui lui est caché habituellement. Par sa force didactique et par sa connotation technique, l'écorché est ainsi devenu un mode d'expression privilégié auprès d'une certaine frange du public, ce qui lui a permis d'entrer dans le monde de la publicité et de s'y assurer sa place. C'est cette ambivalence entre le dessin technique et l'illustration qui rend l'éclaté ou l'écorché difficile à classifier et sans doute aussi à enseigner. Dans un monde qui se spécialise à outrance, les techniques frontalières ont peu de place. Même les spécialistes de ce domaine - et c'est ce qui fait sa richesse créative - ne sont pas d'accord sur la conception de leur métier.

Question de caractère sans doute mais aussi question d'origine.

Jacques Mignon Poclain
L'amour de la technique

Malgré les différences inhérentes à la personnalité de chacun, on peut tracer un portrait-type du dessinateur d'éclaté ou d'écorché. En premier lieu, ils sont tous, sous des formes diverses, des passionnés de la technique ou de la science. Cette passion se traduisant par la lecture assidue
de revues spécialisées pour Gérald Eveno, par le goût de la belle mécanique pour Pierre Varlet ou encore par le modélisme pour Jacques Mignon ou Gérard Lambelin. Ce goût du modélisme en entraîne un autre, celui de la collection. La plupart des spécialistes que nous avons interrogés sont des collectionneurs, violon d'Ingres qui exprime lui aussi l'amour du bel objet. C'est ainsi qu'on peut voir sagement alignés dans le salon de certains, les avions, les trains et les sous-marins qui peuplent nos rêves d'enfance. Néanmoins, cette passion n'est pas le fruit d'une formation technique, bien au contraire. Il semble qu'il y ait incompatibilité entre la formation de dessinateur technique et la réalisation de dessins en perspective. Les spécialistes sont sur ce point catégoriques, même s'ils reconnaissent l'utilité d'une formation de base dans ce domaine. Parmi les six personnes que nous avons interrogées, seul André Caillot a fait un peu de dessin technique complété par des cours de perspective architecturale. On ressent d'ailleurs la marque de cette formation au travers de ses éclatés au trait qui sont surtout destinés aux notices d'entretien.

Autre point commun des dessinateurs d'éclatés : ils sont souvent autodidactes. Conséquence des difficultés que nous évoquions à enseigner cette technique, la plupart des spécialistes ont commencé sur le tas. Beaucoup d'ailleurs ne le regrettent en rien et considèrent que c'est la seule méthode valable. Si l'on reprend rapidement les curriculum-vitae de chacun, on constate que deux techniques amènent au dessin écorché : le trait et la retouche photo. Jacques Mignon débute à 14 ans chez un indépendant, il y fait un peu de tout, s'intéresse au trait puis se spécialise dans la retouche. De même pour Gérald Eveno : trait anglais et retouche photo.

Pierre Varlet moto BMW

Pour Pierre Varlet, un passage aux Arts Décos, un peu de formation architecturale et, par opportunité, les premiers travaux en éclaté. Pour Gérard Lambelin, un an de Beaux-Arts, quelques cours de perspective architecturale et les débuts dans la retouche photo. Petite exception enfin pour Yves Musnier qui obtient le diplôme des Arts Décos et qui débute par hasard après avoir dessiné des voitures.

On peut se demander ce qui amène un dessinateur à se consacrer à la retouche photo. Il semble que ce soit plus une question d'opportunité que de vocation. La retouche photo, si elle n'est pas l'archétype du secteur créatif, représentait - et représente toujours - un domaine où la demande est stable et la concurrence peu nombreuse. Elle exige en outre le goût de la minutie, du détail et l'aptitude à se laisser absorber par une tâche d'exécution. Toutes dispositions que doit posséder également un dessinateur au trait anglais ; un domaine finalement très proche

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